Le séminaire CULTURES LOCALES ET DYNAMIQUES SOCIALES PLOVDIV 2-8 JUILLET 2007 Le séminaire est organisé par l’Université de Plovdiv, “PAISII HILENDARSKI", avec le soutien de la Commission européenne (Culture 2000), Le territoire aménagé par l’homme se trouve toujours en liens étroits avec une communauté en donnant des ressources matérielles, économiques, symboliques de la vie en commun. Son appropriation passe à travers le processus socio-culturel collectif qui incorpore les groupes à la longue durée, les affirme et les légitime. Le regard vers le territoire est contradictoire. D’un coté, l’organisation territoriale parvient à répondre aux besoins des collectivités locales ce qu’exige de rendre en compte la territorialité des habitants. D’autre coté, pendant la création des états modernes des territorialités se retirent en derrière en suivant le processus de transformation des territoires au territoire national qui découvre d’autres pensées et usages liés aux nécessités nationales du contrôle du pouvoir et de légitimations, rationalités fonctionnalistes, efficacités économiques etc., c.-à-d. l’image du territoire nationale traduit la souveraineté et la puissance du gouvernement. Malgré l’existence des régions et des départements dans l’état national, ces formes portent plutôt le sens du centralité que l'expression du local. Aujourd’hui après l’élargissement de l’espace européen il existe des nouveaux mouvements de circulation des personnes, des marchandises et des capitaux. Ils provoquent des questions en matière des rapports aux territoires, leurs potentiels de participer aux constructions des identités différentes (locales, nationale, régional), et, leurs usages comme ressources du développement. Evidemment la culture occupe une place centrale dans le processus de construction et de légitimation des territoires liés aux certains groupes et communautés humains. Dans la situation de mondialisation la politique européenne s’efforce à répondre au défi à accorder des identités nationales et l’identité européenne et conserver ‘l’unité dans la diversité culturelle’. Une réponse possible mettre en relief la politique de l’Europe des régions. Mais qu’est-ce que c’est la région – le cadre politique, l’aménagement administratif, la mémoire historique, les formes de coexistence de diversités, le territoire ? Il n’y a pas de doutes au sujet de l’existence de ‘l’Europe des nations’ malgré qu’elle subisse des mutations très fortes. Les états modernes, y compris de version socialiste de l’état nation, construisent le sentiment de l’appartenance commune en ‘nationalisant’ le local et présentent la nation à travers des construits unifiés comme par exemple l’emblème de cuisine nationale, d’habit national, de langue nationale etc. On constate qu’aujourd’hui des régions créées au fil du trajet historique se revitalisent à l’aide de réalisations des projets culturels et sociaux de collaboration transfrontalière. Ils apparaissent des interrogations suivantes : Est-ce qu’il on peut parler des cultures ‘dénationalisées’ et comment s’expriment-t-elles au niveau de la vie quotidienne ? Quelles sont des activités qui permettent d’afficher l’identité locale et de construire particularité régionale ? Envisageant ces usages du local peut-il y chercher des dynamiques et comment s’instrumentent-elles aux activités touristiques, aux partenariats culturels ou aux intérêts communs d’entreprenants ? La revalorisation du local et des sociétés locales se lie à la réhabilitation du cadre de vie et la réactivation des formes participatives qui jouent le rôle de plus en plus important. A même temps le pouvoir central s’éloigne des problèmes de collectivités en donnant la place des projets du développement, la vie associative, la multiplication des organismes non gouvernementaux qui s’appuient sur les initiatives surtout des habitants. Les questions important sont : Comment se redéfinie le local ? Quels sont des acteurs sociaux, leurs positions et des formes de leurs interactions ? La revendication du local met en avant ainsi la construction de territorialité que des atouts écologiques ce que trouve le jour grâce au redécouvert des traditions locales ou même on peut y remarquer plutôt des traditions réinventées. C’est un grand enjeu d’identité mais aussi l’enjeu économique puisque la culture locale se pense comme avantage et outil du développement. La culture, les traditions et le patrimoine locaux se revalorisent en suivant des opinions et des représentations des habitants qui mettent au premier point leur valeur symbolique et l’expression emblématique du local, et, en même temps on voit des attentes d’améliorer la situation sociale et économique. Donc, on cherche la réponse des questions : Du quel point les ressources locales se définissent-elles par les habitants locaux ou par ‘les étrangers’ ? Comment le local prend-il la valeur dans le cadre du global ? Est-ce que les savoirs, savoirs-faire et des artefacts locaux ont le rôle décisif de déterminer les différences des niveaux de vie par rapport au centre ou aux grandes villes ou bien leur portée culturelle est plus importante par rapport au lifestyle ? Témoignages à bâtons rompus Ioana Popescu J’étais déçue. Sur le terrain qu’on avait fait à Lyon[1] j’avais comprit que l’expertise que j’espérais gagner, celle de l’utilisation du patrimoine immatériel pour la revitalisation de la communauté villageoise de Heresti n’était pas applicable en Roumanie. Nos concitoyens avaient renoncé depuis longtemps à leurs usages de solidarité sociale, au désir de s’associer pour réussir, au respect pour leurs coutumes et valeurs spécifiques. La propagande communiste a réussi de tout démonétiser. Cette triste découverte allait m’être confirmée au cours des visites récentes chez les professionnels du village, que je connaissais depuis 1998[2]. Les habitants étaient déroutés, ils voulaient absolument se moderniser, ne plus habiter et vivre à la manière de leurs parents, manifestaient un dédain souverain envers leurs anciens savoirs faire, ce qu’en fait les avaient menés vers une pauvreté sans solutions de sortie. A Plovdiv[3] par contre, on a eu la possibilité de se mirer dans des expériences et des frustrations similaires aux nôtres : même Sylvette[4] - un bon exemple de réussite dans la démarche de revitalisation communautaire autour des savoirs faire – a dû reconnaître après 4 ans d’efforts que les résultats auraient été beaucoup plus importants sans l’inertie de certaines mentalités locales. Quant aux expériences bulgares, plus amples grâce à la stratégie nationale de tourisme et à une continuité culturale locale, elles chevauchent encore la frontière fragile entre un discours nationaliste figé et des initiatives locales parfois très créatives. Alors, qu’est-ce qu-il nous reste à faire en notre qualité de spécialistes ethno- ou anthropologues ? Pour le moment, je crois, rien d’autre que d’essayer à susciter, à mobiliser et à soutenir les démarches des gens du lieu. Même si ce n’est pas si évident… Bianca Botea Synthèse : visites de terrain Plovdiv Les visites de différents musées bulgares (de Kanzalak, de Smolian et de Smiljan), ainsi que l’observation de divers projets locaux dans lesquels ces institutions sont impliquées, nous ont conduit à saisir quelques dimensions transversales à ces actions. Nous remarquons dans un premier temps une forte continuité dans les pratiques muséales d’avant 1989 et même de l’entre-deux-guerres. La muséographie met l’accent sur les qualités de l’objet et sur des savoir-faire techniques et beaucoup moins sur les populations qui les pratiquent, sur la nature et le fonctionnement de leurs sociétés. L’accent est également mis sur une histoire linéaire, sur la « continuité » des pratiques de vie des populations depuis l’époque la plus ancienne jusqu’à nos jours, sur un récit national qui se construit autour de la question de l’origine et de l’autochtonie. Les Thraces sont omniprésents dans ce récit et dans cette histoire de l’unité nationale, alors que plus près de notre époque d’autres populations vivant sur ces territoires (les Turques, les Aroumains, etc.) ne bénéficient pas de reconnaissance et de visibilité dans les représentations muséographiques. Un exemple éloquent est la mise en valeur du tombeau thrace de Kazanlak (le site original). Une inscription nous informe de l’existence de ce monument historique, alors qu’à côté de celui-ci se trouve également un imposant bâtiment remontant à l’époque ottomane, autrefois lieu d’importantes pratiques funéraires. Cette construction ne fait l’objet d’aucune valorisation touristique (son existence n’est même pas signalée par une inscription quelconque), même s’il existe un imaginaire local fort lié à ce monument : les habitants désignent cette partie de la ville selon le nom de cette construction. Si telles sont, très brièvement, quelques caractéristiques du fonctionnement actuel des institutions muséographiques, nous pouvons néanmoins remarquer un renouvellement dans les pratiques de ces structures. Cependant, il ne concerne pas un renouveau dans le discours du musée, ni dans une organisation plus moderne, interactive ou utilisant des nouvelles technologies comme par exemple la vidéo, etc., comme c’est le cas des musées français. La nouveauté consiste dans l’implication des musées dans de partenariats qui les font intervenir ainsi sur de nouveaux terrains d’action. Les musées ont par exemple un rôle dans des processus de requalification des territoires, dans la construction d’un emblème local ou dans le développement local. Leurs pratiques d’action ne concernent plus seulement leur fonction classique – la sauvegarde et la présentation d’un patrimoine au sein d’une institution – mais une fonction nouvelle : participant aux processus de requalification des territoires, les musées deviennent des agents de dynamique sociale au niveau local. Cette dynamique sociale implique, entre autres, l’avènement sur la scène publique de nouveaux acteurs (constitutions de nouveaux collectifs, associations, etc.) qui sont partie prenante de ces processus de transformation du local, à côté des acteurs classiques (institutions politiques ou culturelles) et des acteurs économiques. Ces nouveaux partenariats dans lesquels sont engagés les musées prennent par exemple la forme des coopérations de type privé-public. Nous avions vu que le musée de Kazanlak et la municipalité collaborent avec des entrepreneurs hollandais dans une action de restauration d’un site archéologique en thrace plein air et dans la mise en valeur touristique des tombeaux thraces. Cette participation des acteurs multiples à la requalification des territoires marque le passage des territoires « subis » par les habitants à des territoires de participation et d’action de ceux-ci, passage qui est en même temps celui des territoires de « planification » et de « programmation » par les politiques publiques à des territoires de « projets » de la part des acteurs multiples qui investissent et transforment par leurs actions ce territoire. Cette tendance fut déjà ressentie en France à partir des années 90 et fut accompagnée par un cadre légal (cf. lois du milieu des années 90 en faveur de l’aménagement du territoire, de la démocratie participative et de la participation locale). Cette tendance de basculement vers des territoires d’action et de participation semble visible aussi en Bulgarie à travers des processus de construction du « local » (et des emblèmes culturels locaux), qui se situent à l’interstice des dimensions économiques, touristiques, sociales et culturelles. Le projet de la Chambre viticole de la région de Plovdiv de revitalisation à Brestovitsa des pratiques et des traditions liées à la culture viticole est un exemple d’articulation entre la dimension économique et culturelle dans un processus de développement local. La dimension internationale et la dynamique local-global est au coeur de ces transformations, aussi bien par les cadres européens de financement de ces projets que par la mise en place des réseaux d’acteurs et d’action commune à l’échelle européenne (à Brestovitsa, pendant le festival St. Trifon, les habitants échangent sur les différentes pratiques culturelles de leur région avec des viticulteurs venus de France). Enfin, pour aborder un autre aspect, un questionnement intéressant s’ouvre à partir de différentes visites de terrain dans la région de Plovdiv : celui des recompositions des processus ethniques et des manipulations identitaires qui s’expriment désormais sur un terrain nouveau, celui des projets de développement. Des recherches futures, menées notamment dans des régions frontalières, pourraient saisir au mieux ces phénomènes. [1] Rencontres Patrimoine et dynamiques sociales [2] A l’occasion de nôtre première campagne de terrain autour du palais – monument historique Maison de pierre. [3] Rencontres Cultures locales et Dynamiques sociales. [4] Sylvette Berraud-Williams, EPACTE Lyon